Chlorophylle la sorcière fête l'Halloween !

par Danielle Soucy - Novembre 2004


Tout a commencé il y a très longtemps un jour d’Halloween. J’étais tout excitée, car nous étions le 31 octobre, le jour de la fête des sorcières, qu’elles soient laides et méchantes, belles et intelligentes!

        Cette journée-là, on avait organisé plein d’activités joyeuses. Il y avait bien sûr le concours de potions magiques et de recettes de sorcières, les courses de balai volant, le stand de produits du terroir où l’on pouvait acheter toutes sortes de gâteries à la texture parfois douteuses. Peu importe! Cette journée se terminait par une danse autour d’un feu gigantesque et une dégustation monstre de bonbons!

        Bref, mes trois tantes Gabou, Marie et Rebella, chez qui j’habitais, et moi-même étions très occupées à préparer la fête. Ma tante Rebella, qui était diseuse de bonne aventure, frottait sa boule de cristal, car les sorcières adorent se faire prédire l’avenir.

        Moi, j’étais en train de faire cuire une immense tarte à la citrouille pour le concours de pâtisserie, lorsque ma tante Marie arriva tout énervée et à bout de souffle dans la cuisine.

- Chlorophylle! Chlorophylle! J’ai un grave problème. J’ai promis de faire des pattes de corbeau à la menthe pour ce soir et je n’ai plus de menthe! Mon gros chaudron de chocolat bouillonne déjà sur le feu dehors et je ne peux le laisser sinon tout va brûler! Peux-tu, s’il te plaît, aller en vitesse au marché et m’en rapporter un gros bouquet? (Les pattes de corbeau à la menthe sont faites à base de chocolat.)

        Le temps de retirer ma tarte du four, j’enfourchai mon balai et mis le cap sur le village de Cantley situé à environ une vingtaine de minutes de vol.

        Je survolais la forêt lorsque j’entendis des pleurs. Je ralentis mon balai pour voir ce qui se passait, mais je ne vis rien. Comme j’entendais toujours pleurer, je descendis un peu plus bas, juste au-dessus des grands arbres, où la voix se fit plus claire.

- Oh! Que je suis triste et malheureux, snif snif ! Ça fait trop longtemps que je suis laid et que je fais peur à tout le monde, snif snif! Je suis toujours tout seul, snif snif! Personne ne m’aime, snif… 

    Et ça continuait ainsi

        Je mis alors mes mains en porte-voix et demandai d’une voix douce mais forte :

- Il y a quelqu’un? Qui est là? Qui pleure comme ça?

        C’est alors que la personne ou la chose, je ne savais pas très bien encore, arrêta net de pleurer et se mit à courir à toute vitesse. Je ne la voyais pas, mais j’entendais ses pas rapides dans les feuilles…

- N’ayez pas peur! Je suis Chlorophylle la sorcière, la gentille sorcière! Je ne vous ferai pas de mal! Par mes cuillères et mes chaudrons, arrêtez donc de courir! 

- Je n’ai pas peur de vous, mais j’ai trop peur de vous faire peur, alors je préfère me cacher!  me répondit le curieux personnage.

- Mais non, voyons! Attendez, je suis une sorcière, je n’ai peur de rien! Attendez au moins que je me pose! 

        Ma descente sur terre fut un peu raide, car j’avais essayé d’aller trop vite. Je perdis le contrôle de mon balai et je me retrouvai suspendue par un pan de ma robe à une branche d’arbre, la tête en bas. J’avais, perdu mon chapeau, comble de malchance, mon balai s’était écrasé contre une grosse pierre. J’avais l’air bien fin!

- Mademoiselle Chlorophylle, est-ce que ça va? 

- Non… pas vraiment. Est-ce que vous pouvez m’aider? 

- Je ne peux pas. Si vous me regardez, vous allez mourir de frayeur!

- Peut-être, mais au moins je ne mourrai pas suspendue par ma robe à un arbre… Voulez-vous m’aider, oui ou non?

        Le monstre s’approcha par derrière, et au même moment, ma robe se décrocha un peu de la branche, ce qui me fit pivoter comme une toupie à l’envers, pour finir par me retrouver face à face avec lui!

        Il me fit un énorme sourire horrible. Je faillis m’évanouir de peur, mais je me retins, car le monstre me prit par les épaules et me libéra de ma fâcheuse posture. En moins de deux secondes, il récupéra mon chapeau et mon balai et me les tendit.

- Voici vos affaires, mademoiselle Chlorophylle la sorcière.

        Il essayait de ne pas me regarder pour ne pas m’effrayer davantage. Il m’observait plutôt du coin de l’œil. Il était aussi affreux de profil que de face… Mais, comme il est écrit dans le livre de sorcellerie, une sorcière ne doit avoir peur en aucune circonstance.

        Je pris mon courage à deux mains et le remerciai gentiment. Il me fit un autre horrible sourire… Je faillis encore m’évanouir, mais me ressaisis. Le monstre m’avait quand même sauvé la vie… Cette pensée m’encouragea à lui demander son nom :

- Je m’appelle Jack-O-Lanterne, je suis hideux et très malheureux… 

        Et il se mit à pleurer de plus belle…

- Allons, allons, monsieur Lanterne, ne pleurez pas comme ça! Ça vous rend encore plus laid et ça n’arrange rien du tout!

        Franchement, il me brisait le cœur. Dans un élan de tendresse, je pris sa main et l’invitai à s’asseoir près de moi sur un gros tronc d’arbre mort afin de le consoler.

        Il me raconta que depuis trois cents ans il se promenait de forêt en forêt pour se cacher des gens. Il était tellement laid que le monde s’évanouissait de frayeur en le voyant. Il restait donc seul et se sauvait tout le temps, ce qui le rendait bien malheureux…

- Je ne suis pas méchant, mais lorsque j’étais un jeune homme, je jouais aux cartes et j’ai fait des paris avec quelqu’un d’abominable qui m'a jeté un sort en transformant ma tête en citrouille!

        Quelle triste histoire, mes amis!

        Sa tête était effectivement une citrouille qui s’était abîmée avec le temps. Elle était devenue pleine de trous à force de se faire picorer par les corneilles. Chaque fois qu’il se cognait quelque part apparaissaient des bosses qui restaient là en permanence. Bref, après trois cents ans d’errance, il avait vraiment mauvaise mine et ses vêtements tombaient en loques. N’écoutant que mon cœur, je lui annonçai :

- Jack-O-Lanterne, je veux être votre amie et vous aider! Mais tout d’abord, je dois absolument me rendre au village acheter de la menthe. Ensuite, je reviens ici vous chercher et je vous invite chez moi. Je suis certaine que mes tantes pourront faire quelque chose pour vous!

- Oh Chère mademoiselle Chlorophylle, c’est le plus beau jour de ma vie… Vous ne m’oublierez pas, hein? Je vous promets de ne pas bouger.

        Je déchirai un morceau de ma robe qui était déjà en piteux état et l’accrochai à la plus haute branche d’un arbre pour m’assurer de reconnaître l’endroit où m’attendrait mon nouvel ami.

        Je décollai à toute vitesse et, une dizaine de minutes plus tard j’aperçus le village où se tenait le marché sur la place de l’église. J’étais en train d’acheter de la menthe chez la marchande d’épices lorsque mon regard fut attiré par une charrette remplie de citrouilles toutes plus belles les unes que les autres!

         C’est alors que j’eus une idée géniale…

         J’achetai la plus ronde, la plus colorée et la plus parfaite des citrouilles qu’on puisse trouver. Je dus déchirer un autre morceau de ma robe afin de transporter ma citrouille dans un baluchon que j’accrochai au bout de mon balai.

         Je repartis à vive allure retrouver Jack-O-Lanterne qui m’attendait impatiemment, très heureux de voir que j’avais tenu ma promesse. Il s’installa à califourchon derrière moi sur mon balai très chargé, puis nous filâmes vers ma maison.

 -Enfin, ce n’est pas trop tôt! s’écria ma tante Marie dès qu’elle me vit arriver.

        J’atterris très tranquillement pour ne pas briser ma citrouille ni abîmer davantage la tête de mon ami.

 - Gabou! Rebella! Venez voir! Notre petite Chlorophylle nous amène de la visite!

        Mes tantes ne furent pas du tout effrayées par Jack-O-Lanterne, car elles en avaient vu bien d’autres dans leurs deux cent cinquante ans de vie de sorcières…

        Marie se dépêcha de prendre la menthe pour la jeter directement dans son gros chaudron de chocolat qui bouillonnait près de la maison et revint en courant.

        Je fis les présentations et expliquai la situation de Jack-O-Lanterne. Je leur montrai aussi ma belle citrouille et leur demandai si elles pouvaient trouver une solution.

- Hum… nous devons nous réunir seules toutes les trois, dans la maison pendant quelques minutes pour en discuter, répondit Rebella.

        Au bout d’une demi-heure, mes trois tantes sortirent de la maison et nous annoncèrent qu’elles avaient décidé de changer la tête de Jack-O-Lanterne. Elles allaient prendre la nouvelle citrouille et nous faire découper un beau sourire et de beaux yeux. De cette façon, il ne ferait plus peur à personne.

- Comment allez-vous faire?  s’enquit Jack-O-Lanterne, visiblement inquiet…

- Nous te ferons avaler une potion qui t’endormira doucement. Ensuite nous installerons ta nouvelle tête par-dessus l’ancienne. Rebella prononcera les paroles magiques pour donner vie à ta nouvelle tête, pendant que Gabou étendra de la poudre de perlimpinpin partout!

- Oh! c’est tout? Et bien, je suis prêt!  déclara Jack-O-Lanterne.

        Mes vieilles tantes mirent leurs chapeaux de sorcière, sortirent leurs baguettes magiques et commencèrent la préparation de l’endormette, la potion du sommeil. Comme il restait de la poudre de perlimpinpin, elles n’eurent pas à en préparer d’autre. Rebella demanda à Jack-O-Lanterne et à moi de découper le futur beau visage dans la jolie citrouille colorée.

        Au bout d’une heure, tout était prêt et tout se passa comme prévu! Dès que Rebella se mit à prononcer les paroles magiques, Gabou étendit la poudre, et la nouvelle tête de Jack-O-Lanterne commença à s’animer.

        Rebella claqua des doigts et Jack-O-Lanterne se réveilla d’un coup sec. Il toucha d’abord sa nouvelle tête du bout des doigts, ensuite à pleines mains. Il affichait déjà un superbe sourire de citrouille. Je n’avais plus peur! Je courus à l’intérieur chercher mon miroir et le tendis à mon ami, qui avait les larmes aux yeux. Nous étions toutes très émues de sa réaction.

        Jack-O-Lanterne fut présenté le soir même à toute notre confrérie de sorcières. Il fut accueilli très chaleureusement par tout le monde à l’exception de quelques vieilles sorcières méchantes et jalouses du succès des autres.

        Nous avons eu un plaisir fou en ce soir du 31 octobre! Nous avons inventé des chansons qui nous ont fait bien rire, nous avons mangé des bonbons jusqu’à ce que nos dents soient toutes collées et nous avons dansé toute la nuit! Ce fut une magnifique fête d’Halloween.

        Depuis ce temps, Jack-O-Lanterne habite une petite maison en bois quelque part loin dans la forêt, et il sort le soir de l’Halloween pour faire la fête avec nous. Plus personne n’a peur de lui. Même que tout le monde trouve son costume original et très beau… D’ailleurs, aucun ne se doute que c’est son vrai visage…

 «Quoi qu’il en soit, je suis très contente d’avoir eu la chance de rendre quelqu’un heureux, d’avoir agrandi mon cercle d’amis que je convie aussi à chaque année à ma fête de Noël, mais ça, c’est une autre histoire…»*

Chlorophylle la sorcière

FIN !


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